jeudi 22 décembre 2011

Portrait 2 / Jules BONNOT, par Olivier Pascault

JULES BONNOT
(14 octobre 1876 – 28 avril 1912)

par Olivier Pascault

Au Pirate de Vernou, tireur de 10.





Jules Bonnot est né le 14 octobre 1876 dans un village du Doubs, à Pont-de-Roide, près de Montbéliard. A l’âge de 5 ans, sa mère meurt. Un peu plus tard, son frère aîné se jette dans une rivière à la suite d’une amourette déçue. Son père est ouvrier fondeur. Il assure seul son éducation. Malgré les heurts de son existence, le petit Jules fréquente l’école mais était qualifié de « paresseux, d’indiscipliné et insolent », dira de lui son procureur d'instituteur. On le serait à moins avec autant de cadavres autour de soi si jeune.

Son monde d’enfant puis d’adolescent est analphabète. Son père est illettré et très affaibli par une condition ouvrière exténuante et exploitée. Les conditions de leur vie sont des plus mauvaises mais on parle de liberté sans cesse à la maison. Or, la liberté appartient aux patrons. Une liberté d’exploiter une main-d’œuvre bon marché tout en spéculant à la petite semaine. cela va de soi. Rien ne change. Le père Bonnot vit dans l’insécurité permanente. L’horizon d’attente est le jour suivant. Rien de plus. Survivre. Faute de culture, de lettres et d’épargne, il ne peut envisager un meilleur avenir.

Le petit Jules n’a guère l’espérance d’échapper à cette misérable existence. Très tôt, si tôt, la vie devient harassante. A 14 ans, Jules commence son apprentissage. Il refuse les coercitions et contraintes. Il refuse la méthode autoritaire qui lie l’apprenti à son maître, selon les préceptes toujorus en vogue. Ainsi, de disputes en démêlés successifs avec ses patrons, Jules Bonnot vit d’expédients. Sa première condamnation, pour bagarre dans un bal, lui pèse sur la tête à 17 ans. En 1901, à 20 ans, il épouse une jeune femme, Sophie, couturière de son état. Engagé dans le mouvement anarchiste, il est renvoyé d’un maigre emploi aux chemins de fer de Bellegarde. Dans toute la région, son nom de combattant est connu des patrons. Ils ne veulent pas embaucher un agitateur « dangereux » qui, aussitôt employé, invite ses camarades à lutter pour gagner une condition meilleure, et d’abord dans le travail, in situ. Résultat pour Jules Bonnot : le chômage, la misère et une bonne dose de désespoir en bandoulière.


Le Grand Jules

Jules et son épouse partent s’installer à Genève. Il trouve une place de mécanicien. Sa femme met au monde une petite Emilie. Elle est la joie de Jules et sa femme, joie et espoir en l’avenir, comme une motivation pour une existence familiale simple. Emilie meurt dans les premiers jours de son existence. Révolté contre ce sort injuste, Bonnot trouve refuge dans l’agitation anarchiste. Les Suisses pourtant réputés impulsifs  l’expulsent et une période instable s’ensuit. Il se fixe enfin à Lyon où ses excellentes et exceptionnelles connaissances pratiques de la mécanique lui procurent un emploi chez un constructeur d’automobiles. Il y parfait son métier. Il devient un véritable artiste de la mécanique, un expert réputé qui ajoute à sa dextérité professionnelle un art qui lui vaudra un succès : la conduite automobile.

Le 23 février 1904, un fils naît alors qu’il s’initie davantage à la mécanique et toutes ses ficelles. Malgré la venue de cet enfant espéré, il ne renonce pas à la propagation des idées anarchistes. Tous les patrons le considèrent comme un « meneur » dangereux, car efficace et persuasif : par lui, des grèves se déclenchent, des appels à conquérir de meilleures conditions de travail, contre l’injustice du patronat. Il quitte donc Lyon pour Saint-Etienne. Du mois d’octobre 1905 à avril 1906, il travaille comme mécanicien dans une firme importante de cette ville ouvrière. On possède un rapport de police qui le présente comme « très violent et méchant ». Ce rapport ajoute par ailleurs : « les renseignements recueillis sur son compte sont mauvais » (les boutiquiers de la préfecture ont la plume morante !) . Il est hébergé alors chez Besson, le secrétaire de son syndicat. Et Besson en profite pour devenir l’amant de Sophie, l’épouse de Jules. Pour éviter la colère de Bonnot, Besson et sa maîtresse fuient en Suisse avec l’enfant de Jules. Bonnot écrit des messages désespérés à Sophie. En vain. Jules ne reverra plus jamais Sophie et son fils. A cela s’ajoute pour Bonnot la perte de son emploi. Sa révolte boue. Sa révolte explose alors qu’il redevient un des nombreux chômeurs de son temps. Il prend la décision d’agir. Entre 1906 et 1907, Jules s’initie à l’ouverture des coffres forts. En même temps, il ouvre deux ateliers de mécanique à Lyon. Son bras droit, pour le travail de nuit est Platano.

En 1910, Bonnot se trouve à Londres. Il devient le chauffeur de Conan Doyle, l’écrivain célèbre des aventures de Sherlock Holmes. De retour à Lyon, fin 1910, il imagine une nouvelle technique pour le travail de nuit. Aucun bandit n’avait jusqu’alors pensé à utiliser l’automobile pour monter des coups. Recherché par la police, il quitte précipitamment Lyon avec Platano et cinq Brownings. Nous ne saurons jamais pourquoi Bonnot abattra Platano. Il le méritait sûrement.

Le 21 décembre 1911, très précisément, commence l’épopée de ce que l’on appelle la Bande à Bonnot. Ce jour-là, Bonnot et quelques autres « illégalistes » deviennent des « Bandits tragiques ». L’époque est à la misère noire, aux injustices nombreuses où l’on est emprisonné pour peu de choses, et même une pomme volée à l'étale. C’est aussi une période où le mouvement anarchiste cherche ses voix de luttes. D’ailleurs, les luttes sociales sont extrêmement nombreuses et sont réprimées dans le sang, la prison ou le travail forcé en camp d’internement.

Le 21 décembre 1911, les premiers bandits exerçant en automobile vont tenir en haleine tout le pays rameuté dans la peur par une presse bourgeoise stupéfaite de tant d’audace et de violence radicale née dans la désespérance et la révolte individuelle. De plus, l’échec évident de la police fait monter les peurs des paisibles bourgeois.

Les faits.
Nus et cliniques.
Ce 21 décembre, vers 9h00 du matin, Bonnot, Garnier, Callemin et un quatrième homme (mal identifié) attaquent le garçon de recettes de la Société Générale, rue Ordener (XVIII° arrondissement, du côté du métro Jules Joffrin pour les parigots), à Paris. Le butin est maigre : 5.000 francs en espèce. L’employé de la Société Générale est grièvement blessé. Le lendemain, le 22, les journaux se déchaînent sur la Bande : son audace se paie de sensations. Bonnot et sa bande ont pris la fuite. Ils abandonnent leur automobile à Dieppe. Ils reviennent à Paris. Ils sont assidûment traqués par une police aux ordres. Ne sachant où aller, Bonnot et les autres gaillards ne savent plus où se réfugier un temps. Ils sont déterminés à se faire tuer plutôt que d’être pris. Par solidarité, mais aussi pour partager une joie révoltée et amère, René Valet et Soudy se joignent à la Bande recherchée.

Le 24 décembre, à la veille de ce Noël 1911, Garnier et Callemin trouvent refuge chez le libraire et propagandiste Kibaltchiche (Victor Serge) et Rirette Maitrejean, tous deux anarchistes. Quelques jours après leur départ de cette planque, Kibaltchiche et Rirette sont arrêtés : ils refusent de livrer Garnier et Callemin.

La Bande est active. En France et en Belgique, elle tente avec succès ou non pas mal de « reprises ». Deux armureries sont pillées à Paris. A Gand, la Bande vole le véhicule d’un médecin. Toujours à Gand, la Bande vole le 25 janvier une seconde automobile. Là, tout se passe mal : Bonnot et ses comparses sont surpris par un chauffeur qui est assommé de plusieurs coups de clé anglaise (encore un coup de la perfide Albion, éternelle rivale de la France catholique !). Un agent de police tente de les interpeller. Callemin l’abat. Eugène Dieudonné se fait arrêté ensuite. Le sieur Caby, notre garçon de recettes de la Société Générale braqué le 21 décembre, le reconnaît comme étant son agresseur. Dieudonné nie le coup de la rue Ordener. A Thiais, le 2 et 3 février, deux vieillards sont assassinés. Le 27 février, à Paris, un policier est abattu après une banale altercation. Le 29 février, le trio tire sur un boulanger alors qu’il tentait de cambrioler un pavillon.

Pour nos illégalistes, toutes les portes se ferment. Ils sont traqué. Sans relâche. Ils sont affamés et ne reçoivent aucun secours. La révolte instillant cette lutte engagée contre la société tout entière ne peut que mener vers une issue fatale écrite par avance. Bonnot et sa bande le sait : la peur de mourir ne les taraude point. Ils iront jusqu’au bout de la fatalité placée sous l’équation révolte / répression. Ils choisissent de devenir des fauves recherchés, traqués par des policiers transformés en chasseurs apeurés mais déterminés. Tous les journaux évoquent Bonnot et sa Bande. Leurs photographies sont publiées, leurs têtes mises à prix. Alors Bonnot veut organiser un coup de force démonstratif et inouï. Il vole une automobile sur la route de Melun et blesse gravement ses passagers. Il prend la route de Chantilly, en direction de la Société Générale. Garnier, Callemin et Valet pénètrent dans la banque l’arme au poing. Soudy guette à l’entrée. Le bilan de cette attaque : deux morts et 50.000 francs de butin.

Deux cents inspecteurs de police sont mobilisés exclusivement sur la Bande. De plus, la banque désirant tranquilliser ses actionnaires et ses riches clients offre une prime de 100.000 francs à qui permettra de capturer morts ou vifs les bandits. Durant une semaine, les quotidiens fort nombreux à cette époque titrent en Une ce fait divers, comprenant des pages entières à Bonnot et chacun de ses complices, les blessés des braquages et vols, les témoins divers et formant une foule désirant, comme à chaque fois qu’on monte en épingle une affaire, sortir de l’anonymat et montrer son portrait dans le journal. Les photographies publiées sont elles aussi nombreuses que les articles des pisseurs de copies.

Soudy est arrêté à Berck-sur-Mer le 30 mars. Le 7 avril, Raymond Callemin se fait arrêter à son tour. Le 24 avril, un dénommé Monier est à son tour arrêté avec deux Brownings chargés : il a participé aux affaires de Montgeron et de Chantilly.

Pendant ce temps, Bonnot loge dans un appartement à l’insu de son propriétaire. Fin avril, le sous-chef de la Sécurité le repère et tente de l’appréhender. Bonnot le tue et s’enfuit blessé au bras.

Après l’assassinat de Jouin, Bonnot devient prudent et conçoit sa fuite avec sérieux et intelligence : il garde une allure raisonnable, ne se presse jamais lorsqu’il marche et ne montre pas de signes d’homme ardemment recherché. Il reste naturel. Il gagne ainsi Paris sans encombre. Chaque soir, il change de cache.

Tout le monde est persuadé qu’on trouvera Bonnot. En, haut lieu, il est décidé de le tuer sans jugement. Cette décision emporte tous les suffrages préparés par une campagne de presse en amont depuis des semaines. Encouragée par le gouvernement, jamais la police n’a envisagé un instant de capturer Bonnot vivant. Les chasseurs veulent un cadavre, du sang pour expier leurs échecs successifs.

Bonnot est libre. On pense avoir perdu sa piste lorsqu’un pharmacien de Choisy-le-Roi déclare avoir administré des soins à un homme blessé à la main et dont le signalement correspond à notre fuyard. Et en effet, Bonnot a trouvé refuge chez l’anarchiste Dubois, mécanicien comme lui.

Le dimanche 28 avril, une quinzaine d’inspecteurs cernent le pavillon de Dubois. Celui-ci se trouvait dans le garage et leur tire dessus avant de se faire abattre. Bonnot se barricade et blesse un inspecteur. Le tir, mal nourri, est suffisant pour tenir en respect les policiers qui restent à couvert. Ils pensent que Bonnot n’est pas seul. Le siège commence. Tout Choisy est réveillé.

De Choisy, Alfortville, Thiais et de plus loin encore, des hommes arrivent armés de carabines, de fusils de chasse. Autour du pavillon Dubois, 500 hommes armés sont disséminés. Le Maire de Choisy et le Préfet Lépine (dont le concours sert à masquer ses crimes) arrivent à leur tour. Deux compagnies de la Garde républicaine accourent successivement sur les coups de 9h00.

De toute la banlieue et de Paris, on continue d’affluer en masse vers Choisy : le spectacle va commencer !

Vingt milles spectateurs parviennent jusqu’à Choisy par fiacres, train, automobiles ou tout bonnement par pérégrination pédestre. Ordre est aussi donné d’acheminer au plus vite un régiment entier d’artillerie stationné au Fort de Vincennes. On réclame une mitrailleuse lourde. Un cordon de tirailleurs cerne en outre la maison. Un homme seul attend sa mort. Il lutte.

A midi, près de 30.000 personnes se trouvent autour du pavillon. 30.000 personnes veulent expier leurs peurs et souhaitent conjurer l’illégalisme de la sorte : par un spectacle. La fusillade ne connaîtra aucun répit. Le fauve Bonnot est à l’agonie mais il se bat des heures durant.

Tous les assiégeants s’imaginent jouer le rôle de leur vie : un rôle historique. Tous se persuadent qu’ils doivent venger les crimes de Bonnot. Rires, conversations, boissons et nourritures circulent. On est au spectacle à l’ancienne : on bouffe, on rit, on s’esclaffe. Manquerait plus qu’on baise.

Toutes les réjouissances sont possibles parce que Bonnot, depuis sa cache, ne peut ni voir ni observer ces redresseurs de la morale sauve et de l’honneur retrouvé à 30.000 contre un. Tous hurlent « A mort, à mort !!! ». Le bourreau est une foule. Pris individuellement, on a là, cernant Bonnot, une belle brochette de pleutres, de lâches, de culs bénis, de buveurs et de cogneurs de femmes et gamins pour la plupart d’entre eux. Le nombre, la foule donne un sentiment de toute puissance infinie, d’ambiance de vengeance légale, d’invincibilité. Le bourreau collectif a cru, accepté et pris fait et cause pour les récits les plus fantaisistes de la presse sur Bonnot.

Décision est prise de dynamiter le repère de la bête.

Bonnot se sait perdu. Sous les tirs nourris de la soldatesque unie à la foule de chasseurs et la police, il rampe sous la table, prend plusieurs feuilles et rédige une sorte de testament. Le siège est plus assuré. BOUM ! Le pavillon est dynamité. Explosion. Décombres. Poussière. Des débris de pierre frappent Bonnot. Il trouve refuge et un semblant de protection sous deux matelas. Son sang soule en abondance.

Une seconde fois, on dynamite la maison. Puis les policiers décident de pénétrer dans ce qui reste du bâtiment. Ils entrent dans la première pièce. Personne. Ils entrent dans la seconde pièce, la chambre. Bonnot est là, devant eux. Il lutte. Il respire. Il lutte aussi contre le chagrin, la fatigue et les blessures. Il lutte encore contre le dégoût. Il crie « salauds ! » et a la force de tirer trois balles. Les bons justiciers répliquent. Le sang s’élargit sur le sol. Le symbole de l’illégalisme, le Bandit tragique est fini. Bonnot vient d’être touché de 6 balles.

Bonnot est sorti de sa tanière comme on exhibe le gibier. L’allégresse est à son comble. On le transporte à l’Hôtel-dieu où il  rejoint Dubois à la pièce froide : la morgue. Dubois était un militant. Ni voleur, ni assassin, il était un militant pour l’idéal anarchiste et fidèle à ses amis. Son sacrifice pour un ami, pour une idée de l’homme. Pour l’idée simple : la trahison n’existait pas en lui. Au cri de Bonnot l’avertissant de la venue de la police, il a préféré mourir et se faire tuer pour cet idéal de fraternité.

Deux amis reposent à la morgue.

Pendant ce temps, la police et l’armée sont à la parade. Jour de fête, jour de liesse, on met en place une vente aux enchères sur le lieu de la tuerie : le pavillon. On vend de la poussière, des débris, des vêtements, tout et n’importe quoi pourvu que le lieu de la sainte exhortation du Mal et au retour de la morale philistine sauve serve à fournir des reliques et amulettes.

J’oubliais : quand on veut être assuré de la mort d’un homme, on lui donne un « coup de grâce ». Le préfet Lépine en personne s’est chargé de la besogne. On dit qu’il a tiré avec un grand plaisir sur l'homme couché et blessé.

Deux membres de la Bande sont encore en liberté. Garnier et Valet sont toujours en cavale. Ils sont hébergés dans un pavillon de Nogent-sur-Marne. Le 14 mai, la Sûreté les repére. Pour éviter le spectacle qui eut pu fomenter d’autres révoltes, et éviter la mascarade et le ridicule de la boucherie envers un homme seul, tout le plan fut fixé en grand secret. Ce sera pire, en fait. Le pavillon est cerné et les inspecteurs de la Sûreté seront accueillis dans le jardin par des coups de pistolets. Un siège incroyable, inouï et fou, jusque là inconnu dans les annales de la police va commencer.


Eugène Dieudonné

Pour tuer Garnier et Valet, car il faut les tuer ! neuf heures de fusillades ininterrompues seront nécessaires. Des centaines de policiers, un bataillon de zouaves, des mitrailleuses lourdes, un arsenal incroyable pour deux hommes sera élevé. Plusieurs inspecteurs seront touchés. Un second bataillon de zouaves, c’est-à-dire 300 hommes, arrivent au pas de course, comme à l’entraînement. La foule est dense. Elle les ovationne comme des héros bibliques. 200 gendarmes armés se placent en outre en embuscade. Le pavillon est dynamité. La toiture ne résiste pas. Garnier et Valet sont vivants. Ils se battent. La nuit tombe. A minuit, 40.000 personnes au moins sont au spectacle. Deux autres compagnies de zouaves sont dépêchées à Nogent. Un nouveau dynamitage est tenté. Sas succès. Valet et Garnier visent bien. A nouveau, un inspecteur est tué. Ils sont déchaînés. Faute de munitions, la troupe cesse son tir après minuit. Arrive sur place le ministre de l’Intérieur. Le pavillon est éventré par un dynamitage. Alors les policiers tentent une approche. Brusquement, c’est la débandade la plus complète : Valet et Garnier mitraillent les policiers à bout portant. Deux blessés sont faits à l’issue de la fusillade. Puis sonne un « cessez-le-feu ». Le tout dernier. Soldats et policiers se précipitent et lancent un assaut général dans une bousculade qu’on a peine à décrire. Ils parviennent dans la pièce de la maison où se sont retranchés nos deux bandits tragiques. Pour un spectacle, c’est une foire de sang sur le sol et les murs, de chairs, des centaines de douilles vides. Il est 2h00 du matin. Garnier et Valet tirent encore. Ils sont liquidés.

A 3h00, tout est terminé. Le siège a duré plus de neuf heures. 100.000 spectateurs viendront sur le lieu de l’exécution conçu dans une minutieuse discrétion. Les corps de Garnier et Valet seront jetés le lendemain dans la fosse commune du cimetière de Bagneux. Là où reposent les miséreux et sans famille.

Bonnot et ses hommes assassinés par la police et les soldats, il reste des complices incarcérés.

Pour Callemin, Soudy et Monier qui avait hébergé Bonnot, la peine de mort est prononcée. Pour Dieudonné, dont on n’a jamais été vraiment sûr de sa participation au coup de la rue d’Ordener, c’est aussi la tête qui est voulue. Deux autres sont condamnés aux travaux forcés à vie. Un autre à dix puis encore six ans. Pour Kibaltchiche, 5 ans (ou 8 ans, on ne sait plus) de réclusion sont prononcés par les juges.

Les condamnés à mort ont été exécutés le 21 avril 1913. Dieudonné est gracié in extremis avec une peine commuée en travaux forcés à perpétuité.

Nul ne trépasse, au final. Les heurts sont des escarmouches répétées. La délibération, dès qu'elle disparaît, aboutit à des engeances... impitoyables... et extrêmes.

Olivier Pascault
(à partir d'une chronique radiophonique lue en 2008)


3 commentaires:

  1. Belle apologie d'un criminel. Vous pouvez en faire autant de Mesrine.

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  2. Apologie ?
    Une description clinique de l'histoire d'un individu.

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